La Taille

 

Tailler pour un vigneron c’est important, fondamental même.

 

Il y a plusieurs aspects à cette pratique, du pragmatisme terrestre superficiel à la nébulosité plus éthérée des pensés éparses qui se rassemblent et se déconstruisent au rythme du vent, des oiseaux qui passent et des fleurs qu’on croise.

 

 

La pratique elle-même tient de l’empirisme et de l’observation. Prendre son sécateur, l’affuter, regarder le pied, considérer sa force, la direction que prend la sève pour monter aux parties aériennes, sa forme existante, imaginer celle à venir, … Et agir en évitant de se blesser.

Il s’agit d’acquérir une juste compréhension du végétal.

Mais pas que du végétal. De sa propre volonté aussi. Parce que tailler c’est définir arbitrairement le potentiel productif. C’est donner une direction. Or il faut que celui qui taille sache où il veut aller, où il veut emmener sa vigne, ses vins, sa vie.

On met en œuvre des forces de conscience qui amènent un éveil. Cet éveil est salutaire. Les mois de la Taille sont une forme de respiration pour les vignerons. Les années sont longues et ce moment d’introspection est important. Il est devenu indispensable.

Il est bon de laisser s’égarer ses pensées, de se centrer sur son corps, (le froid, le chaud, sa transpiration, la tisane chaude parfois qui nous réchauffe) de le ressentir.

Comme tous les choix, la taille est contraignante. L’action de couper sépare, crée une barrière physique en même temps qu’une rupture temporelle. On ne peut revenir en arrière. Il y a là une idée forte qui est celle de la responsabilité.

Cette conscience nous amène nous vignerons à tenter de repousser les limites de l’ignorance. Non pas dans tous les domaines mais au moins dans ceux qui nous occupent. C’est ainsi que se forge un corpus de connaissances qui s’enrichit toujours parce que le paysan a une conscience positive et véritable du mouvement des saisons, de la vie et de la mort.

Il y a chez le paysan une conscience organique du mouvement, du sentiment de non-acquis, d’une forme de précarité.

Précarité positive puisqu‘elle oblige à une constante adaptation. Précarité négative lorsque Dame Nature dit non. Mais lorsqu’elle dit non, surement souhaite t’elle nous emmener sur un autre chemin. A nous de le trouver.

C’est la question du regard qui est sous tendue ici. Sommes-nous contingentés à subir ? La réponse est non, l’impulsion vers la vie est toujours plus importante. Le vide n’existe pas. Tant mieux.

Notre conscience va vers le Terroir, celui d’Eguisheim et des autres villages sur lesquels nous travaillons la vigne.

Choisir de se mettre en retrait pour laisser s’exprimer la singularité du lieu n’est pas inné. C’est un effort conscient. Cet effort est en toutes nos actions.